LIMOUD / DINA DE MALHOUTA DINA - ETUDE AVEC EMMANUEL BONAMY

Octobre/ Novembre 2018

La formule est célèbre : « dina demalkhouta dina – la loi du royaume est la loi ». Dans ses occurrences talmudiques, elle signifie la prévalence de la loi ayant cours dans le pays sur celle de la Torah. Beaucoup l'invoquent – la plupart du temps abusivement – pour justifier une prétendue allégeance obligatoire des juifs à la loi du pays où ils résident : la Torah elle-même exigerait que la soumission au pouvoir établi l'emporte. Laïcité avant l'heure séparant le pouvoir politique et le pouvoir religieux, et soumettant celui-ci à celui-là ? Gestion avant tout réaliste en situation exilique de ce que les juristes appellent un « conflit de lois » ? Conception plus profonde des rapports articulant la Torah et le pouvoir politique ?

En apprentis talmudistes que nous sommes, il importera, par l'étude serrée des textes, de cerner la définition et l'extension de ce principe incontesté, mais dont la portée interroge. Nous verrons qu'il suppose d'abord une distinction stricte entre le champ des dinei mamonot, les « lois d'argent » et les règles de issour veheter, « le permis et l'interdit », où le principe ne s'applique aucunement. Qu'entendre de cette dichotomie ? Que dit-elle de la nature des règles de la Torah elle-même, dans leur hétérogénéité ? Qu'en déduire quant au type d'inscription pensé par les Hakhamim de vies humaines respectueuses de la Torah dans un système juridique établi et coercitif, qui lui est étranger ? Par ailleurs, nous verrons qu'il ne s'agit pas d'obéir à n'importe quel pouvoir. Mais y a-t-il une distinction de nature entre un pouvoir étatique et une bande de brigands faisant régner « la loi du plus fort » ? À quelles conditions une règle imposée en un temps et en un lieu donnés est-elle considérée comme « loi du pays » ? C'est alors la question fondamentale de la légitimité d'un pouvoir civil qui se pose.

 

©2018 Pilpoul

This site was designed with the
.com
website builder. Create your website today.
Start Now